BO84T1 - Une autre qualité de vie home
1re causerie
Bombay, Inde
4 février 1984

0:58 Permettez-moi de le rappeler, ceci n'est pas un cours. Un cours est conçu pour informer, instruire, apporter certains éléments factuels ou d'imagination. Donc, ceci n'est pas un cours. C'est une conversation entre vous et l'orateur, une conversation que vous partagez, vous et l'orateur, en arpentant ensemble tous les chemins de la vie, la vie extérieure, mais aussi la vie intérieure. Et, pour nous comprendre, nous devons penser ensemble, pas être en accord ou en désaccord, mais être capables d'observer ensemble, de penser ensemble, d'explorer ensemble et de partager ce que nous avons exploré, sans prendre position, ni vous ni l'orateur. 3:03 Il doit être bien clair, dès le départ, que nous allons ensemble faire un long voyage dans le monde extérieur et la sphère psychologique – bien plus complexe que le monde extérieur. Explorer le dehors et le dedans exige une observation très claire, objective, dépourvue d'émotion et de romantisme. J'espère que c'est clair.
3:56 Pourquoi venez-vous écouter? C'est une question importante. Pour une stimulation religieuse, émotionnelle? Ou voulez-vous découvrir vous-même une façon de vivre totalement différente de la vie que nous menons actuellement? Le monde actuel est très perturbé, extrêmement incertain, les humains vivent en grande insécurité. Donc, pourrait-on demander poliment, pourquoi venez-vous? Et pourquoi l'orateur doit-il faire un discours? Vous comprenez? 5:10 Pourquoi venez-vous, pourquoi l'orateur doit-il dire quelque chose. Pardon, vous écoutez ce que je vous dis? Pourquoi venez-vous, et pourquoi je parle tous les ans, ici à Bombay? Êtes-vous vraiment intéressés, inquiets de l'état du monde et voulant découvrir – si c'est possible – si certains d'entre nous, ou bien nous tous, pouvons créer une manière de vivre qui ne soit pas monotone, ennuyeuse, routinière, toute la laideur de la vie moderne. Si c'est pour cela que vous venez, parce que vous voulez trouver cela dans l'orateur... qui semble avoir quelque réputation... Au fait, est-ce la réputation que vous venez écouter? L'image que vous vous en êtes fait? Ou vous l'écoutez, lui, et ce qu'il a à dire? 6:42 Et qu'a-t-il a à dire, l'orateur? L'orateur a à dire des quantités de choses, évidentes, saines, logiques, rationnelles. Et il a peut-être aussi une façon de regarder la vie totalement différente. Une façon de penser, d'observer le complexe mouvement de l'existence dans sa globalité. Et, si la rencontre a lieu entre vous et l'orateur, alors nous pouvons avancer ensemble. Vous savez clairement pourquoi vous venez, quelles sont vos intentions, si vous êtes sérieux ou si vous attendez une récréation, une distraction. En ce cas, vous et l'orateur n'allez pas vous rejoindre, vous écouterez un tas de mots, des mots qui auront très peu de sens. 8:16 Mais si nous sommes ensemble, si nous faisons route ensemble, alors on découvre infiniment, toutes les choses de la vie. D'accord? S'il est clair que vous êtes venus, pas simplement par curiosité, pas en tant qu'adepte – j'espère bien que non – ou juste pour passer le temps, pour vous distraire, pour qu'on vous dise quoi faire, dans ce cas, je le crains, vous et l'orateur ne pourrez vous rejoindre. Sauf si vous venez avec l'intention, l'exigence, cette qualité de sérieux, de vouloir trouver vous-mêmes une façon de vivre qui doit être rationnelle, logique, saine dans ce monde détraqué. 9:43 Et l'orateur a une certaine responsabilité, celle de s'assurer que ce qu'il dit est clair, sans rien de nébuleux, avec objectivité. Il faut que ce soit objectf, clair, rationnel, n'est-ce pas? Nous comprenons-nous maintenant? J'espère que oui.
10:13 D'autre part, il est important que vous remettiez en question ce que dit l'orateur, que vous doutiez, que vous soyez sceptique. Pas être d'accord ou non, pas : 'il a raison', 'il a tort', mais un scepticisme qui interroge, qui met en doute, non seulement ce que dit l'orateur, mais ce que tout le monde dit. Ainsi votre cerveau fonctionne à son plus haut niveau, ne se réfugie pas dans le sommeil, car nous allons examiner ensemble une vie d'une grande complexité. Donc, vous n'êtes pas des adeptes, je ne suis pas votre gourou, Vous avez déjà suivi bien trop de gens, et nous avons fait du monde une telle pagaille. 11:47 Ainsi, je vous en prie, nous marchons ensemble, nous sommes concernés ensemble. Il se peut qu'il y ait de l'affection entre nous, mais l'affection, la rationalisation n'ont strictement aucune place dans notre observation. Ainsi vous voyez clair, c'est-à-dire, nous voyons les choses ensemble. Pas c'est moi qui vois et qui vous explique, mais ensemble – vous comprenez le sens de ce mot? Nous ne coopérons presque jamais, nous ne savons pas ce que c'est. On coopère avec celui qui a l'autorité, et on suit cette autorité, l'autorité que donne la réputation, ou encore on poursuit un idéal. 13:09 Si vous et moi avons le même idéal, dans ce cas nous coopérons, pour faire ensemble quelque chose pour cet idéal, non? Si vous et moi avons un projet commun, vous allez coopérer, n'est-ce pas? Car cela va nous être profitable à tous les deux. Mais ici l'orateur n'offre rien du tout, d'accord? Il ne vous offre rien ! Je me demande si vous comprenez ça.
13:57 La plupart d'entre nous absorbent, comme des éponges, on avale tout, y compris ce que l'orateur va dire. Et, quand vous avalez une chose, que vous l'absorbez – ce que ce pays fait fort bien – quand vous absorbez, vous n'avez rien d'original en vous-mêmes, n'est-ce pas? Je me demande si vous le voyez. Vous absorbez le Bouddha, vous absorbez toutes sortes de bêtises religieuses, etc. Et peu à peu votre cerveau, qui devrait être infiniment actif, devient, peu à peu, stupide. Donc, je vous en prie, comme je l'ai dit, l'orateur ne vous offre strictement rien, ni comment vous comporter, ni quoi penser, et tout cela. 15:15 Mais, ensemble, vous et l'orateur, vous vous mettez en route. Ça peut être un voyage très lent, ou un voyage très rapide – express – ou peut-être irez-vous tout doucement. Mais d'abord, je vous en prie, écoutez. Écoutez. Vous entendez avec l'oreille, mais il y a une autre écoute... Ècouter est autre chose qu'entendre, non? Vous voyez la distinction? Si vous entendez une chose agréable, alors vous allez l'accepter. S'il s'agit d'une chose désagréable, vous n'allez pas vraiment écouter. Donc, il existe un art d'écouter. Ce que l'orateur va dire pourrait être à l'opposé de ce que vous pensez ou ressentez, mais, puisque vous êtes là, vous devez écouter ce qu'il a à dire, ne pas interpréter ce qu'il a à dire, écouter. 17:09 Avez-vous jamais écouté votre femme? Votre mari? S'il vous plaît, répondez en vous-mêmes. Écouter, pour découvrir ce qu'il ou elle ressent, pense, désire – assez perceptif pour découvrir. De même, en écoutant l'orateur, il faut être très perceptif, naturellement.
17:46 Il y a donc un art d'écouter. Il y a un art d'apprendre. Généralement nous apprenons pour obtenir un savoir : à l'école vous apprenez les mathématiques, la géographie, l'histoire, et plus tard vous allez au collège, à l'université, vous absorbez toutes sortes de connaissances. Et, dès l'enfance, on nous entraîne à mémoriser. N'est-ce pas? Donc notre cerveau ne cesse d'accumuler du savoir. C'est cela que nous appelons : apprendre. Vous voulez apprendre une langue, vous passez du temps à étudier la grammaire, etc., donc peu à peu votre cerveau est conditionné par le savoir. D'accord? Voyez-le, je vous en prie. Par conséquent, votre savoir est l'ennemi de l'amour. Nous allons y revenir tout de suite. Apprendre est comme un fleuve, qui bouge, qui se renouvelle sans arrêt. C'est cela apprendre, pas mémoriser.
19:46 Il y a aussi un art d'observer, de regarder, pas uniquement avec les yeux – l'observation optique – mais regarder les choses sans préjugé, sans aucune sorte de conclusion préalable. Observer sans le mot, sans l'image que vous avez fabriquée, vous comprenez? Donc, nous allons faire tout cela ensemble. L'art d'écouter, l'art d'apprendre, et l'art de l'observation. C'est très amusant de faire ça, cela rend le cerveau prodigieusement sensible et vivant. 20:58 Mais si vous continuez à répéter le même vieux schéma, votre cerveau s'éteint, comme peut-être la plupart des cerveaux. Donc, ensemble – ne soyez pas excédés par mes répétitions, c'est important de répéter, il faut que l'orateur et vous puissiez vous comprendre – nous avons posé les fondations d'une maison, nous allons la construire ensemble.
21:45 Pouvons-nous observer ce qui se passe dans le monde? Pas juste le monde de l'Inde, le monde – le monde, les faits mondiaux? Il y a une guerre, une menace de guerre nucléaire. Récemment, quelques grands savants se sont réunis pour publier une déclaration, disant que, en cas de guerre nucléaire, la terre entière – toute la terre, pas seulement l'Europe, l'Amérique ou la Russie – la terre sera couverte d'une couche de fumée et de poussière si épaisse que le soleil ne pourra plus la percer, et que la température tombera à moins cinq degrés, 23:02 donc, plus rien n'existera. Ils parlent tous de cela, ils s'y préparent, ils en discutent. Des petites guerres annexes ont lieu en ce moment – on fait la guerre depuis cinq ou six mille ans. On a commencé avec une flèche ou un bâton et maintenant nous possédons la dévastatrice bombe nucléaire. Quelle est la cause de tout ceci? Vous comprenez? Qu'est-ce qui fait que les hommes se conduisent comme cela? Les intellectuels, les philosophes, les hommes de science et les soi-disant religieux – qui en fait ne sont pas religieux pour un sou – quelle est la cause de toute cette pagaille dans le monde? 24:16 N'attendez pas de moi que j'y réponde, vous-même vous vous posez cette question. Pourquoi les hommes, qui ont vécu sur la terre – d'après les généticiens et les biologistes, cela fait quarante-cinq à cinquante mille ans que nous vivons sur la terre, depuis l'Homo Sapiens. Et le conflit s'est installé dès les premiers temps, on s'entretue, on se blesse, on s'estropie, on se défie, n'est-ce pas ainsi? Le conflit, la douleur, l'angoisse, la solitude, la lutte, la souffrance. Nous sommes très très forts dans le domaine technologique, nous inventons des instruments fabuleux, en chirurgie, dans les communications, les ordinateurs, etc., et nous n'arrivons pas à régler notre comportement, vous comprenez? Pourquoi? 25:49 Oui, Monsieur, c'est une question très grave. Pourquoi nous les hommes, qui sommes si capables – nous allons dans la lune – dans le monde extraordinaire de la technologie, pourquoi sommes-nous toujours primitifs, sauvages, avec des dieux tribaux et des instincts tribaux? Qu'est-ce qui ne va pas chez nous? Vous comprenez? Je ne suis pas en train de critiquer, je ne blâme personne. Mais c'est une vraie question que tout humain décent doit poser : qu'est-ce qui ne va pas chez nous? N'est-ce pas? Pourquoi les guerres? Le Pakistan et l'Inde, la Russie et l'Amérique, pourquoi? 27:06 Pour quelle raison? Trouvez la cause, et il sera facile de supprimer l'effet. D'accord? Vous suivez?
27:20 Si je suis malade, à cause d'un cancer, avec son cortège de fortes douleurs, soit on peut l'enlever, soit je meurs. Donc là où il y a une cause... ... son effet peut être supprimé. D'accord? C'est clair? Là où il y a une cause, l'effet peut être supprimé, car la cause peut être supprimée. D'accord? C'est clair? Quelle est la cause de ces guerres, de ces choses horribles qui se passent dans le monde? Probablement, pour la plupart, vous n'en savez rien, on n'imprime pas tout dans les journaux.
28:14 L'orateur a parlé avec de nombreux grands savants : on ne nous dit pas ce qui se passe réellement – la guerre chimique et tout le reste. Alors, quelle est la cause de tout ceci? Est-ce la division? La division nationale, la division religieuse, l'individu contre un autre individu, la division, la séparation. Vous suivez tout ceci? Ou est-ce que je parle tout seul? Vous comprenez ce que je suis en train de dire? Une famille contre une autre famille, et dans la famille elle-même il y a déjà division. Il y a division entre l'arabe et le juif, il y a division entre le catholique et le protestant, il y a division entre vous, l'hindou, et le musulman, n'est-ce pas? 29:28 Le chrétien, le bouddhiste, le zen, le monde entier est fragmenté, en miettes. Est-ce cela la cause de toute cette pagaille? Vous comprenez ma question? Car, dès qu'il y a division – entre les communautés, entre les peuples, entre les pays, entre divers gourous, diverses religions – il y a inévitablement conflit. D'accord? Vous comprenez cela? Là où il y a division, il doit y avoir conflit. C'est une loi ! D'accord? La cause de ces épouvantables guerres actuelles, est-ce ce conflit qui existe en chacun de nous, la compétition entre nous, la division? Économique, raciale, sociale, soi-disant culturelle, tout provoque la division. N'est-ce pas? 31:05 Alors... Avec les gouvernements, il n'y a rien à faire, ils sont en place, on les a élus, malheureusement, vous ne pouvez rien tenter auprès d'eux. L'orateur a essayé, il en a rencontré plusieurs, mais... voilà. Alors, que pouvons-nous faire, vous et moi? Vous comprenez ma question? Vous ne pouvez rien faire avec ceux qui ont le pouvoir – les présidents, etc. – rien faire. Ils sont tout en haut, ils ont leurs responsabilités, ils veulent le pouvoir – vous savez bien, tout ça.
31:58 Donc la question est : vous, un humain vivant sur terre, voyant tout ce qui se passe, que pouvez-vous faire? Je vous en prie, posez-vous cette question : quelle est votre action? Pas vos théories – les Indiens sont très forts en théories. Non? Vous êtes très forts pour les explications, les analyses, découvrir les raisons, et puis vous abandonnez, cela n'influence en rien votre vie quotidienne, n'est-ce pas? Vous croyez en Dieu, ou vous avez foi en un certain gourou, ou bien en quelque philosophe, mais cette croyance n'a aucune incidence réelle dans la vie. N'est-ce pas? C'est un fait, je ne dis rien d'anormal, c'est un fait.
33:10 Donc la question est : quelle est votre responsabilité en tant qu'être humain, mis en face de tout cela? Quelle est votre action? Nous cherchons pour la plupart à y échapper. On pense généralement qu'il n'y a pas de solution. Donc on fuit, on se réfugie chez des dieux tribaux – vous savez bien ce qui se passe dans ce pays, ou en Europe – les drogues, le divertissement religieux, et l'industrie du loisir avec son énorme pouvoir, les cinémas, les magazines, les dieux et leurs rituels, d'accord? N'y a-t-il pas un mariage entre deux dieux, dans ce pays? 34:31 Donc, soit vous fuyez, soit vous affrontez les réalités, vous affrontez les faits. Quand vous affrontez les faits, quelle est votre action? Maintenant, c'est ensemble que nous allons découvrir. Ensemble, pas je parle et vous écoutez, acceptez ou rejetez, c'est trop stupide, cela devient infantile. Mais si vous et moi observons la même chose si nous vivons la même chose, chaque jour, alors cela possède un pouvoir incroyable pas dans le sens d'un pouvoir politique, le pouvoir de faire la chose juste. Bien? Nous nous suivons jusque là?
35:48 La question est : quelle est la cause des guerres? L'un des facteurs de la guerre est le nationalisme, – n'est-ce pas – qui est du tribalisme. Même si vous n'êtes pas d'accord, s'il vous plaît, écoutez seulement. Du tribalisme, qui s'est épanoui en nationalisme avec ses drapeaux et tout ça, les Britanniques, les Français, les Hindous, les Indiens – vous suivez? – divisés, divisés, divisés. Nous disons que l'une des causes de la guerre est le nationalisme. C'est évident. L'autre cause est le clivage économique, chaque pays concerné par sa propre économie et par sa propre culture. Les Britanniques et leurs... et les Français, et ainsi de suite. 37:15 Et l'autre cause est la division des religions, chrétiens, bouddhistes, hindous, l'islam... et ils parlent tous de Dieu, n'est-ce pas? Voilà – entre autres – les causes de la guerre. Et vous, en tant qu'hindou, ou chrétien, ou autre chose, vous êtes responsable de la guerre. Non? Parce que vous êtes divisé en vous-même. Vous êtes d'accord? Vous voyez ce fait? Tant que je suis un hindou, attaché à une certaine tradition, à la traîne – excusez-moi – de dieux imbéciles, jonglant avec les dieux, en tant qu'hindou je suis responsable, moi, de causer le conflit entre les hommes. 38:42 N'est-ce pas? Est-ce un fait ou pas? C'est un fait. Vous pouvez le nier, vous pouvez ne pas voir le fait, mais c'est cela la vraie cause des guerres. Alors, quelle est votre responsabilité? Vous libérer du nationalisme, n'est-ce pas? Être libre de voir le monde comme un tout, l'humanité, pas en tant qu'Indien ou Américain, nous sommes des êtres humains, non? Regarder le monde comme un tout en tant qu'êtres humains. Je vais vous rendre ça un peu plus complexe.
39:47 Si vous voyagez, si vous voyez les gens partout dans le monde, dans ce pays, en France, en Suisse, en Amérique – le monde – au Japon, etc., vous découvrez que tous les hommes partagent la même psyché, ils souffrent tous psychologiquement. Ils pleurent tous, ils sont tous solitaires, ils ont versé les mêmes larmes que vous avez versées, ils sont incertains, confus, malheureux. Ils sont comme vous, vous êtes malheureux, solitaire, tourmenté, supportant toutes sortes de brutalités de votre mari ou de votre femme, etc. Dans le monde entier, c'est le partage de tous les êtres humains. C'est un fait. Donc votre conscience est la conscience de toute l'humanité. Bien? Vous voyez cela? Dois-je approfondir?
41:21 Nous avons été conditionnés dès l'enfance par la religion, l'économie, la société et le nationalisme, à nous voir en individus séparés, des âmes séparées. Non? C'est un fait. Nous ne vérifions jamais si nous sommes effectivement des individus. Vous êtes un homme et une femme, cela n'est pas... cela ne constitue pas une individualité. Vos tendances, votre tempérament, votre caractère personnel, votre compte en banque, tout ceci vous fait penser que vous êtes un être humain séparé. Le fait que je sois grand, ou petit, que je sois rose, ou noir, conditionne le cerveau humain à accepter l'idée que nous sommes des individus séparés. 42:31 N'est-ce pas? L'orateur met cela en doute. N'acceptez pas, doutez, interrogez. Il dit que notre conscience – ce que vous ressentez, vos pensées, vos réactions, croyances, vos peines, votre anxiété, votre solitude, votre souffrance, le manque d'amour et d'affection – tout cela est partagé par tous les êtres humains. N'est-ce pas? N'est-ce pas, messieurs? Donc votre conscience n'est pas votre conscience, c'est la conscience humaine. Si vous tuez quelqu'un vous vous tuez vous-même. Vous comprenez? Si vous blessez quelqu'un, vous vous blessez vous-même. Je me demande si vous réalisez cela. 43:44 Votre douleur n'est pas que votre douleur, c'est la douleur de l'humanité. Donc, vous êtes l'humanité – vous comprenez? Vous êtes tout le genre humain, pas un petit bonhomme qui besogne dans son petit coin, qui pense à lui, à ses problèmes, à ses inquiétudes, mais quand vous réalisez pleinement ce fait – dans votre sang, dans vos tripes, pas en théorie – alors votre vision de la vie change totalement. Alors, un différent... Apparaît l'amour, la compassion.
44:54 Donc, quelle est votre responsabilité? Quand vous avez vu ceci, pas intellectuellement, mais concrètement, avec votre coeur, avec vos yeux, avec vos oreilles, avec tous vos sens, voyez cela. Le problème est global, pas individuel ou personnel. Prenez ce pays, il abrite une immense pauvreté, n'est-ce pas, une écrasante pauvreté. Allez dans les rues de Bombay, ils dorment sur le pavé. Allez dans n'importe quel village assez éloigné d'une ville, il y a de la pauvreté. Peut-être un peu moins depuis l'indépendance, mais il y a toujours de la pauvreté. Et un seul gouvernement ne peut pas résoudre la pauvreté, parce qu'il y a pauvreté aussi en Amérique, pauvreté en France. En Angleterre, il y a quatre millions de chômeurs. Vous comprenez tout ça?
46:27 Alors, quelle est votre responsabilité? Allez-vous quand même demeurer un individu qui se bat pour lui-même, qui se bat pour son illumination, son accomplissement? Ou – vous voyez ma prochaine question? – allez-vous regarder le monde comme un tout, pas en tant que chrétien, bouddhiste, hindou, etc. Faute de faire cela, nous allons nous entretuer. C'est si évident, c'est ce qui se passe. Nous voulons la sécurité – il nous faut la sécurité sinon nous ne serions pas là, vous et moi. Sécurité, nourriture, vêtement et tout ça. 47:41 Mais cela même est nié car chaque pays dit : 'je dois résoudre mes propres problèmes'. Il n'y a aucune vision globale. Et, tous les problèmes que nous rencontrons, nous les traitons au niveau communal, social – vous suivez? – nous les rapetissons. Donc, ayant entendu tout ceci, votre cerveau est-il dégagé du nationalisme, du racisme, des absurdités religieuses, afin d'avoir une vision globale, une sensibilité globale? Vous comprenez, Monsieur? Ou vous dites : 'merveilleux, quelle belle idée', vous en faites une charmante théorie, vous spéculez là-dessus et vous l'assassinez.
48:56 Non? Donc, c'est la première chose. Cela exige un cerveau libre de regarder. Mais aujourd'hui nos cerveaux sont si enfermés dans les problèmes, n'est-ce pas? Vous avez des problèmes, non? Vous en avez? Je vous en prie, dites oui ou non. Oui? Vous avez des problèmes, problèmes de sexe, de religion, problèmes économiques – des problèmes, encore des problèmes. Je n'arrive pas à m'entendre avec ma femme, ma femme est toujours sur mon dos, etc, etc. Que sont les problèmes? Quel est le sens éthymologique de ce mot? 50:02 Le sens éthymologique est : 'une chose qu'on vous jette, un défi qui vous est lancé'. C'est cela le sens du mot problème. Bien. Comment abordons-nous un problème? On va regarder cela ensemble. Rappelez-vous, je vous prie, je ne vous dis rien, ne vous enseigne pas, nous apprenons et nous observons ensemble. Cela fait peut-être longtemps que l'orateur a observé et vu tout cela, mais il le partage, il marche avec vous, sans sentimentalité, sans romantisme, il dit : faites face à tout cela !
51:10 Dès l'enfance, nos cerveaux sont conditionnés à résoudre des problèmes. L'enfant va à l'école, apprendre devient un problème, les maths deviennent un problème. Problèmes. Puis le collège, encore des problèmes. Université, encore plus de problèmes. Donc son cerveau – je vous en prie écoutez cela – est programmé à résoudre des problèmes. Bien? Vous suivez tout ceci? Vous suivez, ou est-ce que... Notre cerveau est programmé à résoudre des problèmes. Donc, qu'est-il arrivé au cerveau? Il est devenu une machine à résoudre des problèmes. Du coup, les problèmes s'amplifient puisqu'il traite les problèmes de façon mécanique. Vous suivez, Monsieur? Regardez ce qui se passe. 52:38 Il y a de nombreux problèmes politiques dans ce pays : ces politiciens qui tentent de résoudre leur problème, en résolvant ce problème-là, accentuent d'autres problèmes. Vous le voyez bien, non? N'êtes-vous pas au courant de tout cela? Donc, notre cerveau est dressé dès l'enfance à résoudre des problèmes, problèmes qu'on ne peut résoudre que si le cerveau est libre, libre d'aborder les problèmes de façon neuve. Mais, étant programmé, il agit comme une mécanique, courant derrière les solutions au lieu de comprendre le problème. Car la solution est inscrite dans le problème. Je me demande si vous voyez cela. D'accord, Monsieur? Puis-je vous parler?
53:55 Alors, est-il possible d'avoir un cerveau qui soit libre, afin de résoudre les problèmes, et non pas chargé de problèmes qu'il tente ensuite de résoudre. Vous voyez la différence? Oui? Donc ce que nous disons – vous et moi – est que nous sommes tout le genre humain, psychologiquement, en nous. N'est-ce pas? C'est un fait. Ce n'est pas une théorie, ce n'est pas ma conclusion. C'est un fait, tous les êtres humains passent par des moments épouvantables, et nous aussi, nous traversons toutes sortes de crises et d'épreuves. Donc nous sommes une seule humanité, vous êtes l'humanité toute entière. 55:11 C'est un premier point. Deuxièmement, les guerres existent parce que vous vous êtes divisés entre nationalités, entre races, entre religions, et si vous ne changez pas cela, vous n'aurez aucune sécurité physique car les guerres approchent. Troisièmement, nous avons beaucoup de problèmes, et pour les résoudre, il faut un cerveau libre de les examiner. Mais un cerveau conditionné à résoudre un problème n'est pas capable d'observer le problème. Vous comprenez? Maintenant, pouvez-vous le faire? Pouvez-vous, en écoutant ce que dit l'orateur – en supposant que vous écoutiez – pouvez-vous le faire? 56:13 Ne soyez jamais 'un hindou', à aucun prix ! Toutes ces superstitions et tout le reste. N'appartenez à aucune religion, à aucun gourou. Oui, Monsieur. A aucun livre. Vous êtes-vous déjà demandé... Les religions fondées sur des livres, la Bible – la chrétienté est fondée sur la Bible, et le Coran est la bible de l'Islam – avez-vous observé ce que deviennent les religions fondées sur le Livre? Ici, vous avez des douzaines de livres sur la religion, vous pouvez les prendre tous, ou un seul, et jongler avec. Vous saisissez ce que je suis en train de dire? 57:31 Ne vous endormez pas. En Inde existent plusieurs livres religieux, les Upanishads, la Gita, etc. Cela vous permet de choisir celui-ci ou celui-là et de jouer avec l'un ou l'autre. Vous avez des dizaines de dieux, vous avez le choix, pour vous distraire, pour passer le temps. Mais si vous n'avez qu'un seul Dieu, d'après la Bible ou le Coran, alors vous êtes coincé. Vous devenez bigot, étroit et par conséquent brutal. C'est ce qui se passe.
58:23 Alors, je vous en prie, l'orateur le demande sérieusement, pouvez-vous extirper tout cela de vous et devenir adulte? Pas de nationalité, pas de croyance en des dieux, car la croyance, la foi est une autre forme de destruction. Si vous avez la foi, vous n'avez aucun doute... vous comprenez? Le monde chrétien tout entier est basé sur la foi, n'est-ce pas? Jamais une allusion au doute, au sceptiscisme, à l'interrogation. C'est proscrit. Dans le monde islamique aussi c'est proscrit. Dans le passé, les Indiens avaient ce doute : ' Interrogez, n'acceptez rien, cherchez !' 59:40 Ferez-vous de même? Ou allez-vous rentrer dans votre vieille coquille? Voyez le danger : si vous voyez le vrai et retombez dans le faux, la vérité va agir sur vous comme un poison. Vous comprenez? Je me demande si vous comprenez tout ceci ! Si vous voyez un danger, vous l'évitez. Si vous voyez un cobra, ou un tigre, vous l'évitez. Mais nous ne voyons pas à quel point la division psychologique est dangereuse. Une fois que ce danger est vu, pas en théorie mais en réalité, avec tout votre coeur, avec tous vos sens, avec votre intellect, votre amour – si vous avez de l'amour – alors vous n'appartiendrez à rien ! Pas de nation, pas de religion, ce qui ne fait pas de vous un sceptique, ce qui ne veut pas dire que vous êtes anti-Dieu – vous ne savez pas ce qu'est Dieu, c'est une prétention que vous avez. 1:01:26 Donc, pouvez-vous tous rejeter tout ceci afin d'avoir l'esprit libre, un cerveau libre capable de voir le monde et de changer. Puis-je souligner autre chose? Nous venons de dire que le savoir est l'ennemi de l'amour. Est-ce que cela a un sens pour vous? Vous comprenez ma question? Le savoir, le savoir livresque, le savoir expérimental, ce que vous savez de votre femme, de votre mari, ce que vous savez de vos enfants, cette formidable accumulation de savoir par l'expérience, tout cela. L'orateur dit : tout ce savoir est l'ennemi de l'amour. 1:02:47 Examinez cela de plus près. Dans la relation à l'autre, mari ou femme, chacun a un savoir sur l'autre, n'est-ce pas, monsieur? Je sais comment ma femme se comporte, etc. Je sais ! Et elle aussi sait, n'est-ce pas? Que se passe-t-il quand je dis : 'je connais ma femme' et que la femme dit : 'je connais mon mari', quelle est la nature de ce 'je connais'? C'est du savoir, évidemment, ce qui veut dire quoi? L'image que je me suis faite d'elle, et l'image qu'elle s'est faite de moi, d'accord? Un portrait. N'est-ce pas? Donc, le savoir est ce portrait. Je me demande si vous comprenez. 1:04:09 Oui? Vous comprenez ça? Donc, le savoir entre un homme et une femme, 'connaître' l'autre, détruit l'amour. Vous acceptez ça? Les femmes l'acceptent tout de suite, je le vois. Et les hommes se rencoignent et regardent. Quelle bande d'insensés vous faites !
1:05:08 Donc, qu'arrive-t-il dans notre relation? La relation est ce qu'il y a de plus important dans la vie, non? Sans relation, vous ne pouvez pas exister, la vie est relation, avec ma femme ou mon mari, la relation avec un voisin, la relation avec le gouvernement – la relation est d'une importance capitale dans la vie. Et sommes-nous jamais en relation? Si j'ai une image de vous et vous une image de moi, comment pouvons-nous être reliés, vous comprenez? Une rencontre d'images, ce n'est pas une relation. Relation veut dire n'être qu'un, pas dissocié en tant qu'homme ou femme avec tous les vilains problèmes que cela fait surgir. 1:06:27 Donc, le savoir détruit l'amour. Pour l'amour de Dieu comprenez cela ! Pas comment vous débarrasser du savoir – vous ne pouvez pas. Mais comprenez que, dans la relation, le savoir est un élément qui crée toutes sortes de querelles, et toute la suite. Le savoir est nécessaire, sinon on ne peut pas rentrer chez soi. Si vous ne connaissiez pas l'anglais nous ne pourrions pas nous comprendre, vous et moi. Si vous n'avez aucune idée de comment conduire une voiture... vous suivez? Le savoir est nécessaire. Mais le savoir psychologique est dangereux. Je vous en prie, comprenez-le. Tout ce savoir est en train de détruire l'amour.
1:07:40 Maintenant, je voudrais vous poser une question sérieuse, aimez-vous quelqu'un? Répondez en vos coeurs, pas à moi. Aimez-vous quelqu'un? Aimez-vous votre femme? Aimez-vous votre mari, aimez-vous vos enfants? Vous comprenez? Voyez ce qu'implique ce mot. Vous ne pouvez pas répondre, n'est-ce pas? Et voilà ce qui est en train de détruire le monde, car vous avez perdu tout cela, si vous l'avez jamais eu.
1:08:38 Donc, écouter tout ceci a du sens – ou n'a aucun sens. Nous avons entrepris un voyage ensemble. L'orateur insiste : réellement ensemble. Je prends votre main et je vous dis : 'allons marcher tous les deux'. Si vous voulez marcher vite, marchons vite. Si vous voulez courir, courons. Si vous voulez allez tout doux, tout doux, très bien, mais vous devez marcher, pas manier des théories ! Donc, l'orateur a tout exposé devant vous. Soit vous partagez, comme on partage un bon repas, on partage la vue d'une belle montagne, on voit ensemble la beauté d'un coucher de soleil, ou, ensemble, la beauté d'une étoile solitaire dans le ciel. Mais cela doit se faire ensemble. Ce n'est pas : vous êtes arrivé à ce stade et moi je vous suis. 1:10:17 Ensemble, nous construisons un nouveau monde une personne seule ne peut pas le faire. Vous tous, vous rendez-vous vraiment compte qu'ensemble vous pouvez changer le monde? Et le monde a besoin d'un changement total. Aucun groupe, un ou deux, ne peut faire cela cela doit être fait ensemble. Un bébé est le produit d'un homme et d'une femme. Et cette vision globale, ce sentiment que nous sommes un, que vous êtes l'humanité ! Savez-vous ce que cela fait sur vous quand vous ressentez cela? Cela va changer entièrement votre vision de la vie. Alors la séparation prend fin, donc le conflit prend fin.
1:11:34 On parlera demain de la nature du conflit, on verra si le conflit peut cesser au dehors, mais d'abord à l'intérieur. Vous comprenez? Si le conflit peut... ne jamais avoir lieu. S'il est possible de vivre en ce monde, dans le monde moderne, sans le moindre conflit. Cela demande l'intelligence, l'enquête, un esprit ardent à découvrir. L'orateur dit : c'est possible. L'orateur dit : on peut vivre sans conflit. 1:12:26 Vous pouvez ne pas le croire. Il faut en douter, l'interroger. Et, si vous doutez, alors on va aller plus loin. Mais simplement dire : 'oui, j'aimerais bien obtenir cet état, dites-moi comment y arriver', c'est vraiment trop infantile. Donc pouvons-nous – je vous en prie – faire chemin ensemble, écouter ensemble, apprendre ensemble, pour que votre cerveau ait une autre qualité, pour que votre vie ait une autre qualité?
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